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L’électeur rationnel

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Dès les années 1950, des sociologues américains contestent les travaux qui font de l’électeur un individu commandé dans ses choix par des facteurs extérieurs à lui-même, qu’ils soient d’ordre psychologiques ou sociologiques. Cette critique part du constat que les modèles structurels n’expliquent pas les évolutions dans les choix électoraux. En considérant l’électeur comme rationnel, il s’agit pour ces sociologues de démontrer que le vote s’effectue en fonction des attentes de l’électeur et de la conjoncture politique.

La critique du paradigme de Michigan

A. Downs est un des premiers à développer la notion d’« électeur rationnel ». Il cherche à savoir par l’usage de cette notion comment l’électeur évalue le rapport entre les coûts et les avantages dans l’acte de voter. Il montre notamment que ce dernier oriente son vote en fonction non seulement de l’utilité à venir de ce vote mais aussi des différents candidats en présence. Quelques années plus tard, V. O. Key critique le modèle des chercheurs de Michigan, considérant que « les électeurs ne sont pas des imbéciles ». Selon lui, si les électeurs votent et peuvent être amenés à modifier leur vote, c’est parce qu’ils ont des opinions et souhaitent juger l’action des hommes politiques au pouvoir. Puis, les critiques à l’encontre du paradigme de Michigan se durcissent. Les travaux de Gerald Pomper, Norman Nie, Sydney Verba et John Petrochik (regroupés dans The Changing American Voter, 1976) mettent l’accent sur ce qu’ils estiment être une crise de l’identification partisane. En effet, l’identification partisane, notion centrale dans le les logiques qui sous-tendaient cette identification (la socialisation par la famille, le travail…) ne sont plus opératoires comme elles pouvaient l’être auparavant. Aussi, les quatre sociologues observent l’importance prise par les nouveaux enjeux politiques. Les électeurs sont de plus en plus nombreux à pouvoir juger des propositions faites par les candidats, qui se concentrent autour de questions plus visibles.

Les travaux français sur ta volatilité électorale

En France, devant les alternances politiques successives à partir des années 1980, les politologues français se saisissent à leur tour de la question de la volatilité électorale et interrogent la pertinence des variables sociologiques jusqu’alors explicatives des comportements politiques.
Dans L’Électeur français en questions (1990), Nonna Mayer et Daniel Boy observent que la relation entre le vote et les variables « lourdes » (la religion, la classe sociale et le patrimoine) est en régression : moins 20 points pour la religion, moins 15 points pour la classe sociale et moins 5 points pour le patrimoine. Mais les variables « lourdes » restent toujours une dimension explicative dans les comportements électoraux. Plus généralement, les ressorts du vote se sont complexifiés ces vingt dernières années.
Les mêmes auteurs, dans une enquête post électorale à l’élection présidentielle de 1995 (Enquête post-électorale, 1995), essaient de comprendre à partir d’une enquête réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 4 078 personnes en âge de voter, comment Jacques Chirac réussit à obtenir au second tour six points de plus par rapport à 1988, puisqu’il passe entre les deux élections de 46 % à 52 % des suffrages exprimés.

Ils prennent tout d’abord en compte les facteurs liés au contexte politique, plus favorable à Jacques Chirac en 1995, avec notamment la manière dont il était parvenu à reprendre à Emmanuel Todd la thématique de la fracture sociale et à la populariser. Mais, ces facteurs ne permettent pas à eux seuls d’expliquer les différences importantes des scores obtenus par le candidat de droite entre les départements, avec un maximum pour les Alpes-Maritimes (65,5 % des suffrages exprimés) et un minimum en Ariège (40,2 % des suffrages exprimés). Seules les variables sociologiques peuvent être à même d’en rendre compte. Nonna Mayer et Daniel Boy constatent ainsi, au terme de leur enquête, que les indépendants votent à 75 % pour Jacques Chirac alors que les salariés ne sont qu’un sur deux à le faire. Le milieu social influe aussi fortement sur le vote : plus les indépendants sont intégrés à leur milieu, plus ils votent pour Jacques Chirac, et inversement plus les ouvriers sont ancrés dans leur milieu.Il s’uniformiser » , la campagne électorale en fonction des enjeux qu’elle est amenée à médiatiser, ne faisant qu’activer ou réactiver les croyances des acteurs sociaux.

 

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