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Le courant de la mobilisation des ressources

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C’est dans la perspective du paradigme de la rationalité de l’acteur, initialement exploré, par Mancur Oison qu’un ensemble de travaux, regroupés autour du courant de la mobilisation des ressources, renouvelle l’étude des mouvements sociaux à partir des années 1970.
Ces travaux s’inscrivent définitivement en rupture avec les approches psychosociologiques pour s’intéresser non plus aux causes des mouvements sociaux mais à la manière dont ils apparaissent et se développent. Trois orientations, celle de John Me Carthy et Mayer Zald, d’Anthony Oberschall et de Charles Tilly analysent les ressources mobilisées par les individus en vue d’accéder à leur but.

• Le modèle économique de John Me Carthy et Mayer Zald Pour John Me Carthy et Mayer Zald, un mouvement social est « un ensemble d’opinions et de croyances dans une population qui représente des préférences pour changer des composantes de la structure sociale »AZ. Dans une démarche emprunte d’économisme, les deux auteurs dressent un schéma où les organisations de mouvement social (Social Movement Organisation ou SMO) se regroupent par des intérêts et une morale communs dans des industries de mouvement social (Social Movement Industry ou SMI),

lesquelles constituent le Social Movement Sector. Comme le note Erik Neveu, le mouvement social, qui est toujours à l’état latent, s’enclenche selon John Me Carthy et Mayer Zald à partir du moment où les SMO parviennent non seulement à transformer les attentes en revendications mais aussi à mettre en place des stratégies efficaces d’organisation. Les capacités à réunir des fonds, à valoriser la marque ou à faire de la publicité par les initiateurs des mouvements sociaux que les deux auteurs associent à des entrepreneurs, sont ainsi des éléments déterminants dans la réussite des SMO.
Mais le véritable apport de Mayer Zald et de John Me Carthy à la sociologie de l’action collective se situe ailleurs. Ils apportent en fait une réponse au paradoxe de Mancur Oison avec l’élaboration d’une typologie des acteurs qui se mobilisent. Ils établissent ainsi une distinction entre les adhérents de la base et les entrepreneurs, et parmi ces derniers, entre ceux qui s’investissent dans l’organisation pour en retirer essentiellement des bénéfices matériels et ceux, désignés comme les militants « par conscience », qui viennent y trouver des bénéfices non plus matériels ou directs mais identitaires. Mayer Zald et John Me Carthy tiennent compte d’un nouveau paramètre dans la construction d’un mouvement social : les acteurs peuvent s’y impliquer pour des motifs idéologiques ou de renforcement de l’identité ;

• La prise en compte des groupes d’appartenance par Anthony Obers- chall
Anthony Oberschall inscrit ses travaux dans le cadre du paradigme de l’acteur rationnel : l’action est toujours le produit de l’estimation entre les coûts et les avantages à agir, mais il enrichit et dépasse cette position en inscrivant l’analyse des mobilisations dans une dimension historique et sociétale.
Il construit un cadre théorique autour de deux variables. L’une, verticale, correspondant aux relations du groupe avec la société globale Elles peuvent prendre deux formes : intégrées, dans le cas où les groupes sociaux coexistent de manière pacifique grâce à un pouvoir central, ou segmentées, dans le cas où les groupes sociaux ont des rapports très limités. L’autre, horizontale, correspondant aux degrés des relations entre les groupes qui peuvent prendre trois formes : communautaire, associatif et faiblement organisé.
C’est à partir du croisement de ces deux variables qu’Anthony Oberschall va définir les différentes formes de mobilisations qui peuvent émerger autour de six cas, qu’il décline de la lettre A à F.
– L’état A est organisé autour de communautés traditionnelles, la famille ou le village, fortement intégrées sous forme de clans et prises dans une relation de domination avec un pouvoir central fort auprès duquel ils peuvent accéder pour faire part de leurs revendications. Mais l’isolement dans lequel ces différents groupes vivent les uns par rapport aux autres les empêche de se fédérer pour rendre possible un mouvement de contestation générale qui remettrait en cause la position hégémonique des groupes dominants. Cette situation est caractéristique de celle de l’Ancien Régime en France.
– L’état B est constitué de groupes à l’intérieur desquels les individus entretiennent des relations très distendues voire conflictuelles, avec entre eux des rivalités de clans, de familles. Cependant ces groupes sont placés dans une dépendance étroite vis-à-vis d’un leader extérieur à ce groupe. Anthony Oberschall cite pour illustrer cet état autant les paysans sous l’Ancien Régime en France que la mafia italienne.
– L’état C est caractéristique des démocraties représentatives modernes avec la présence de structures intermédiaires (les syndicats, les partis politiques ou encore les groupes de pression) qui sont à même d’initier un mouvement contestataire. Mais leurs revendications souvent trop corporatives ou catégorielles limitent les possibilités de l’extension de ce mouvement.
– L’état D est structuré autour de communautés traditionnelles mais, à la différence du cas A, elles n’ont pas de rapports avec les groupes dominants. Ainsi, leur mode d’organisation (à leur tête un chef avec lequel les acteurs sont en plein accord) leur permet de se mobiliser rapidement en vue de défendre leurs intérêts ou de revpnHinupr l’arrpc la multiplication des protestations légitimes pour obtenir plus de nourriture.
– L’état E est marqué par les situations les plus insurrectionnelles. Comme les groupes ne sont pas organisés à cause de l’absence de leaders, les mobilisations sont courtes et extrêmement violentes. Anthony Oberschall mentionne le cas des mouvements noirs dans les ghettos aux Etas-Unis dans les années 1960.
– L’état F est proche du cas E mais peut s’en distinguer en fonction du degré de structuration des groupes qui composent les associations et peuvent être à l’origine de la structuration d’un mouvement social. Les travaux d’Anthony Oberschall permettent de mieux saisir les conditions de l’émergence d’une action collective. Dans ce sens, il montre la place centrale occupée par l’organisation et les leaders qui la composent ;

• La démarche historique de Charles Tilly
Charles Tilly se situe dans la continuité des travaux d’Anthony Oberschall qu’il infléchit dans une perspective marxiste et historique. Il établit une analyse à deux niveaux.
A un premier niveau conjoncturel, il s’intéresse à la structuration interne de chacun des groupes à l’origine de la mobilisation. Ils peuvent se définir à partir de deux paramètres – le netness qui correspond à un réseau de sociabilités se formant sur la base du volontariat, et le catness qui correspond à l’inverse à des catégories d’individus regroupés par leurs caractéristiques objectives – qui se réunissent en catnet de manière d’autant plus structurée qu’ils se recoupent.
A un second niveau structurel, il associe l’action collective du groupe à la lutte pour le pouvoir qui l’oppose à d’autres groupes et qu’il atteint avec plus ou moins de succès en fonction des ressources dont ses membres et en particulier ses leaders disposent. Charles Tilly souligne le caractère politique des mobilisations sociales pour mettre en évidence la manière dont elles sont toujours médiatisées par des challengers qui agissent de manière rationnelle.
Dans La France conteste de 1600 à nos jours, Charles Tilly précise les causes déterminantes de la mobilisation : « La contestation s’explique par la conjugaison d’intérêts, d’une occasion, d’une organisation et d’une action. Elle est donc construite socialement et historiquement. Les formes d’organisation, les pratiques de l’action collective s’enracinent dans les pratiques et l’organisation de la vie quotidienne » .

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