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La révolution paradigmatique opérée par les sociologues interactionnistes sur les professions

Vous êtes ici : » » La révolution paradigmatique opérée par les sociologues interactionnistes sur les professions ; écrit le: 16 février 2012 par mariouma

Les critiques les plus vives du modèle théorique des professions, élaboré par les sociologues structuro-fonctionnalistes, sont menées par les sociologues interactionnistes et sont orientées dans trois directions, comme le note Florent Champy .

Une approche non substantialiste des professions

La révolution paradigmatique opérée par les sociologues interactionnistes sur les professionsEvereth Hughes, dans un article programmatique écrit en 1951, précise que « le concept de “professions” dans notre société n’est pas tant un terme descriptif qu’un jugement de valeur et de prestige » . Il s’agit pour le sociologue de remettre en cause l’approche substantialiste des professions de la tradition parsonnienne. Howard Becker, cinq plus tard, revient sur la notion de profession qu’il estime être « un folk concept (…) qui n’a de valeur scientifique qu’en tant que croyance à analyser en tenant compte de l’écart qui la sépare de la réalité observable » . Puis, dans un ouvrage récemment publié en France, il insiste encore davantage sur la dimension inopérante selon lui de cette notion de profession : « (…) il est vain de se demander ce qu’est une vraie profession et de chercher des caractéristiques nécessaires associées à ce titre » . Il ne peut ainsi y avoir de définition a priori de ce qu’est une profession.



Une approche non descriptive des professions

Les sociologues interactionnistes critiquent aussi vivement la manière dont leurs pairs structuro-fonctionnalistes ne feraient que reprendre le discours des acteurs sans jamais véritablement l’interroger. En particulier, celui des organisations professionnelles lesquelles ont tout intérêt à laisser à la marge les autres acteurs qui pourraient revendiquer aussi l’exercice d’une profession.
Dans ce sens, les interactionnistes déplacent les études sur des personnes qui travaillent mais qui n’ont pas une profession du point de vue statutaire ou réglementaire. Dès 1937, Edwin Sutherland étudie les voleurs et les considère comme des professionnels à part entière (E. Sutherland, The Professional Thief, 1937) : « La profession de voleur a une existence tout aussi réelle que la langue anglaise par exemple ». Plus loin, il ajoute : « Bien que le vol ne soit pas une profession savante, il en est une au même titre que l’athlétisme professionnel par exempte ». Edwin Sutherland montre aussi que l’univers dans lequel le voleur vit est soumis à des règles de fonctionnement précises comme dans n’importe quel autre univers professionnel. Ce sont à la fois la reconnaissance entre voleurs professionnels et, indissociablement, le cloisonnement de leur l’univers comme résultat d’une démarche collective : « Pour être voleur professionnel, il faut être reconnu et reçu par les autres voleurs professionnels. Le vol est une vie de groupe dans laquelle on ne peut entrer et rester que par consentement du groupe. Pour être adopté de façon définitive, la formule absolue, nécessaire et universelle est d’être reconnu par ses pairs et d’avoir accepté l’ensemble des statuts de la profession et les lois du groupe » . D’autres études réalisées sur les musiciens de jazz (H. Becker, Outsiders, 1961), les institutrices (H. Becker, Rôle and Career Problems ofThe Chicago Public School Tea- cher, 1981) ou encore les concierges (R. Gold) viendront renforcer ce mouvement.

Une approche constructiviste

Pour Florent Champy, l’innovation apportée par l’approche interaction- niste concernant l’étude des professions est essentiellement liée à la manière dont elle a réussi à imposer une approche constructiviste de cet objet. Les professions sont ainsi étudiées, par les sociologues qui revendiquent ce type d’approche, comme le produit des trajectoires des acteurs qui les habitent, eux-mêmes en interaction avec l’environnement dans lequel ils gravitent.
Le sociologue français Claude Dubar, dressant un bilan de la sociologie des groupes professionnels en France, précise notamment : « Les groupes professionnels ne sont pas des professions séparées, unifiées, établies ou objectives comme risquerait de le penser la tradition fonctionnaliste issue de Durkheim et de Parsons. Comme Bûcher et Strauss [qui sont des sociologues interactionnistes] l’avaient bien vu, ce sont des processus historiques de segmentation incessante, de compétition entre segments et de ‘‘déprofessionnalisation” d’autres segments, de restructuration périodique sous l’effet des mouvements de capital, des politiques des Etats ou des actions collectives de ses membres » .

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