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L’évolution de la sociologie du travail : la sociologie du marché du travail et de l’emploi

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La crise économique qui frappe les pays occidentaux au milieu des années 1970 a des répercussions sur le marché du travail. Le statut de salarié est remis en cause avec l’apparition de nouvelles formes d’emploi précaires (contrat à durée déterminée, temps partiel, intérim, stage) mais aussi et surtout du chômage de masse, qui poussent des sociologues à s’intéresser à ces nouveaux phénomènes.

Les évolutions du marché du travail

Le marché du travail connaît depuis la Seconde Guerre mondiale de profonds bouleversements. Alors que la population active s’est répartie durant de longues années dans les secteurs primaires et secondaires (agriculture et industrie), elle tend aujourd’hui à être soumise à une « tertiarisation ». En 1999, deux tiers des emplois en France sont consacrés à des activités de service. Dans le même temps, le nombre d’actifs est en augmentation croissante. Les effectifs concernés passent de plus de 19 millions en 1946 à 26,5 millions en 1999, soit une hausse de plus de 7 millions en un peu plus de cinquante ans. Aussi le salariat, qui s’est généralisé en France (en 1999, 85,2 % des hommes actifs et 91,1 % des femmes actives sont sous ce statut), s’accompagne depuis le milieu des années 1980 de nouvelles formes d’emploi précaires qui tendent à remettre profondément en cause les bases sur lesquelles il s’est constitué.

Un marché du travail segmenté

La théorie de la segmentation est issue d’économistes américains dont M. J. Poire est le représentant le plus fidèle. Elle se diffuse en France ?avec François Michon dans les années 1980 et permet de mettre en évidence une division entre deux types de marché du travail qui correspondent chacun à des formes de salariat spécifiques.
• Le premier marché est constitué par tous les salariés qui disposent d’un emploi stable, de rémunérations élevées, de la possibilité d’éla-
borer un projet de carrière sur le long terme. Ils peuvent avoir recours à des formations complémentaires pour renforcer leurs compétences, ou encore être défendus par des syndicats ;
• Le second marché est constitué par tous ceux qui ont un emploi instable et faiblement rémunérateur. Ils travaillent dans des conditions incertaines. Les directions ne cherchent pas à les stabiliser dans leur poste. Ils ne sont pas défendus par les organisations syndicales.
Si cette dualité, dégagée par ces économistes, permet d’envisager le marché comme un lieu de production et de reproduction des inégalités sociales préalables, les premiers sociologues, qui s’intéressent à cette question, montrent que ces deux marchés ne sont pas nécessairement cloisonnés selon les secteurs d’activité.
Comme le précisent Margaret Maruani et Emmanuelle Reynaud, « si l’idée d’un marché segmenté dissociant deux populations de salariés s’applique bien à la fonction publique, il en va tout-à-fait différemment dans les entreprises du secteur privé. Dans celles-ci, il y a bien deux types d’emploi (précaires et stables) mais qui ne divisent pas les salariés en deux populations distinctes et étanches : la majorité des travailleurs stables peuvent à tout moment se trouver en situation de précarité ; à l’inverse, les travailleurs précaires ne sont pas définitivement exclus d’une stabilisation momentanée ou durable de leur emploi » .

La diversification des formes d’emploi

Le marché du travail ne se limite donc pas dans sa structuration à cette dualité. Des travaux sociologiques s’intéressent aux différentes formes d’emploi.
L’intérim
Michel Pialoux est l’un des premiers sociologues en France à enquêter sur le travail intérimaire. Dans une étude publiée en 197919, il s’efforce d’appréhender, à partir d’entretiens auprès de jeunes des classes populaires de deux cités de la banlieue nord de Paris, la manière dont ces derniers entrent sur le marché du travail.
Le sociologue montre notamment comment ils sont exclus du système de recrutement des grandes entreprises industrielles : autant par ces dernières, qui trouvent alors dans les populations immigrées de quoi satisfaire leurs besoins de main-d’œuvre non qualifiée et adaptent leur main-d’œuvre qualifiée en ayant recours aux formations complémentaires, que par eux-mêmes. Comme le précise Michel Pialoux: « (…) la logique d’organisation des attitudes “économiques” d’un groupe d’individus est étroitement dépendante de la structure des chances objectives qui s’offrent à lui, elle-même dépendante d’une évolution de la conjoncture économique ». Autrement dit, ces jeunes ont intériorisé l’état du marché du travail et sont par là même prédisposés dans un « réalisme du désespoir » à répondre favorablement aux attentes des entreprises d’intérim : avoir à leur disposition une main- d’œuvre qu’elles peuvent gérer ponctuellement en fonction de l’état de la demande à laquelle elles doivent faire face.

L’emploi à temps partiel

L’emploi à temps partiel est une autre forme d’emploi particulière, qui est désormais la plus répandue. Si à l’origine, ce type d’emploi avait été traité par les sociologues comme celui des femmes, qui trouvaient là la possibilité d’entrer dans la vie active sans « renoncer » à leur vie de famille (Danièle Kergoat, Les Femmes et le Travail à temps partiel, 1984), il a pris une ampleur telle qu’il ne peut plus être analysé sous cet angle. En effet, alors que 1,6 million d’actifs étaient sous ce statut en 1980, ils sont 4 millions vingt plus tard à devoir se soumettre à des conditions de travail (en particulier des horaires avec l’ouverture des magasins en nocturne ou le dimanche), qui ne permettent plus précisément de mener de front vie professionnelle et vie domestique.
Pour Margaret Maruani et Emmanuelle Reynaud, c’est ainsi du côté de la construction sociale de l’offre des entreprises qu’il est nécessaire de porter l’attention, pour s’apercevoir que l’emploi partiel s’est développé dans les secteurs où les femmes sont en grand nombre (sur les 4 millions de travailleurs à temps partiel, plus de 80 % sont des femmes) de telle façon qu’il est possible de conclure que « l’emploi à temps partiel est (d’abord) une forme d’emploi socialement construite comme féminine ».

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