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La sociologie du chomage

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La sociologie du chomage

Les Chômeurs de Marienthal ou la première véritable enquête socio- logique sur le chômage
En 1931, Paul Lazarsfeld, secondé par Marie Johada et Hans Zeisel, réalise un travail sociologique pionnier sur le chômage (Les Chômeurs de Marienthal). A partir d’une enquête approfondie, menée dans la ville de Marienthal (Autriche) où l’usine textile de filature qui employait  après la crise économique  leur démarche les amène alors à se rendre directement sur le terrain sans jamais faire état de leur statut d’enquêteurs. Ils demandent à être embauchés dans les foyers sociaux comme collecteurs de vêtements, médecins ou encore moniteurs de sport.

Ils observent quatre types d’attitudes des individus concernés par cette situation. L’attitude la plus fréquente est la résignation et l’adaptation à « une vie sans but et sans espoir, indifférente, le sentiment qu’on ne peut rien contre le chômage »20. D’autres continuent à l’inverse à avoir une activité soutenue. Ceux-là, qualifiés par les auteurs de « stables », se caractérisent « par les critères suivants : ménage tenu, enfants soignés, sentiment de bien-être, activités, projets et espoir en l’avenir, joie de vivre, poursuite de la recherche d’un travail »

. D’autres encore, désignés comme « désespérés », rencontrent « la dépression, le manque de perspectives, le sentiment de la vanité de tout effort et donc l’abandon de toute recherche d’un emploi, de toute amélioration de la vie quotidienne » . Enfin, une dernière catégorie est constituée par ceux que les trois sociologues nomment les « apathiques » qui « laissent les choses suivre leur cours avec indifférence, sans essayer quoi que ce soit contre une ruine à laquelle ils semblent assister en témoins passifs et sans énergie » . Paul Lazarsfeld et ses deux collaborateurs s’attachent ensuite à répartir dans les quatre catégories qu’ils ont construites la population de Marienthal : 23 % des familles sont « stables », 69 % sont « résignées », 8 % sont « désespérées », et 8 % « apathiques ». Sur la base de cette répartition, ils établissent une relation entre le revenu et l’attitude adoptée et réussissent ainsi à estimer le moment où la situation de chômeur n’est plus subjectivement vivable.
L’apport de cette enquête pour la sociologie du chômage est essentiellement de mettre en évidence que l’absence de travail bouleverse en profondeur toute la vie individuelle et collective. Lorsqu’ils se rendent à Marienthal pour la première fois, les trois auteurs retirent le sentiment « d’une morne indifférence. Ce qui (leur) sera confirmé plus tard par de nombreux exemples (leur) apparaît d’emblée exprimé par la monotonie et l’immobilité : ici vivent les gens qui se sont habitués à posséder moins, à entreprendre moins et à espérer moins que ce qui est considéré comme nécessaire à une existence ordinaire » . La perte d’emploi pour la grande majorité des habitants entraîne une baisse de l’activité sociale. Les activités culturelles très denses jusque-là tendent à se réduire : « On y lisait beaucoup, on y discutait beaucoup, on y agissait beaucoup » . La vie associative tend aussi à être interrompue alors que paradoxalement les habitants disposent de plus de temps pour s’y consacrer.

  • Le développement de la sociologie du chômage à partir des années 1980

A l’exception notable d’une étude de Raymond Ledrut (Sociologie du chômage) réalisée en 1966, période qui se caractérise par le plein- emploi, le phénomène du chômage reste un objet sociologique délaissé par les sociologues jusqu’au début des années 1980. C’est devant la croissance exponentielle du nombre de chômeurs à partir de cette période que les travaux sociologiques commencent à se multiplier.
Dans L’Epreuve du chômage (1981), Dominique Schnapper s’intéresse au vécu du chômage. La sociologue est ainsi amenée à différencier trois façons de vivre cette expérience :
• Le chômage total : il vise le plus grand nombre et en particulier les travailleurs manuels et âgés qui vivent mal cette inactivité forcée, s’ennuient et se sentent humiliés pour la plupart de se retrouver dans cette situation ;
• Le chômage inversé : il concerne essentiellement un grand nombre de femmes et certains jeunes qui reconnaissent utiliser cette période pour se consacrer à d’autres activités, qu’elles soient centrées sur les loisirs ou sur la vie domestique ;
• Le chômage différé : il correspond principalement à celui des cadres qui ont le sentiment d’être encore en activité, en étant de manière permanente à la recherche d’un emploi et en se servant de cette période pour continuer à se former.
Des études récentes sont venues confirmer la fécondité des perspectives tracées par Dominique Schnapper. Frédéric Charles et Sabine Fortino ont montré dans une enquête sur les Rapports sociaux de sexe et insertion professionnelle des femmes face aux mutations du travail (2000) que les femmes célibataires de 40 ans au chômage le vivent comme un chômage inversé (selon la définition donnée par Dominique Schnapper), c’est-à-dire qu’elles cherchent à se recentrer sur leur vie privée et rompent avec la période professionnelle antérieure dans laquelle elles s’étaient investies quasi exclusivement.

One Response to "La sociologie du chomage"

  1. sandrine  9 juin 2016 at 9 h 45 min

    les formes de « quasi-chomage » se sont aussi développées. De nombreuses formes atypiques de relations d’emploi se sont développées de façon importante : le travail à durée déterminée, le travail indépendant « fictif », le travail intérimaire, saisonnier, le travail vacataire du secteur public, ont pour conséquence l’exposition de très nombreux travailleurs à l’instabilité et à l’insécurité qui créent des situations de précarité dans le travail. Cela constitue un facteur de risque professionnel supplémentaire aussi bien physique que psychologique

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