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Les sociologies constructivistes

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Ces dernières années, de nombreux sociologues contemporains s’attachent à dépasser [‘alternative entre un modèle d’analyse, centré sur l’individu ou sur la société. S’ils se distinguent entre eux sur l’importance à accorder au subjectivisme et ou à l’objectivisme, ils s’accordent tous pour reconnaître que les phénomènes sociaux sont toujours le résultat d’une construction, dont il s’agit alors de faire la genèse. Les travaux de Norbert Elias, d’Anthony Giddens, et de Peter Berger et Thomas Luckamm seront ici étudiés.

L’émergence de la conscience de soi

Dans nos sociétés contemporaines, la représentation d’un individu, libre et autonome, responsable de son destin et capable d’en modifier le cours, est largement répandue. Mais comme le montre Norbert Elias, cette idée de l’individu n’est qu’une représentation récente. Elle est en fait indissociable de la manière dont le processus de civilisation a exercé sur les individus, et en particulier sur leur corps, une maîtrise de plus en plus forte. Le sociologue allemand s’efforce ainsi d’appréhender les conditions historiques qui ont permis l’émergence de la conscience de soi. Il distingue trois périodes principales du Moyen Age jusqu’à aujourd’hui.
La première période est marquée par une organisation en féodalités. Norbert Elias met alors en évidence, à partir de l’étude de manuels de savoir-vivre, qu’à l’intérieur de celles-ci, les comportements commencent à être soumis à des règles. Par exemple, il est rappelé qu’il «  interdit de cracher dans un plat, qu’il est nécessaire de respecter l.i manière dont les places ont été attribuées, d’attendre son tour.

 

La victoire de la cour royale sur les autres féodalités signifie les débuts de la seconde période. Les combattants laissent leur place à des courtisans, lesquels sont en concurrence pour obtenir les faveurs du roi. Le corps devient l’objet d’une attention particulière, la politesse est une ressource à acquérir et à posséder. C’est aussi le moment où René Descartes peut élaborer sa pensée philosophique : « Je pense donc je suis ». Mais il ne peut le faire uniquement parce qu’il s’est dégagé, selon Norbert Elias, des liens corporatistes dominants jusque-là. La conscience de soi émerge alors.
Ce processus d’individualisation s’accélère dans une troisième période qui voit la forme étatique se consolider. Les formes d’organisation sociale des périodes précédentes disparaissent progressivement. Les corporations sont supprimées et la liberté de travailler établie. La famille élargie comme structure de protection de l’individu est remplacée par la famille nucléaire. L’appareil d’Etat s’occupe du corps social comme d’un corps vivant, la mortalité et la natalité sont constituées en enjeux centraux. Le mariage d’intérêt change en mariage d’amour. C’est la conjonction de ces différents facteurs qui va créer la croyance d’un individu libre et autonome.
La société comme le résultat d’individus interdépendants
Norbert Elias s’efforce dans un second temps, après avoir rompu avec cette représentation commune d’un individu libre et autonome, de dissoudre la notion de société. Il ne s’intéresse plus à l’individu ou à la société mais à la manière dont les individus entrent dans les relations d’interdépendance plus ou moins complexes les uns avec les autres et forment ensemble ce que le sociologue désigne comme des « configurations ». Ces configurations (le sociologue utilise aussi les termes de figuration ou de formation) peuvent prendre différentes formes. Il cite notamment les exemples de joueurs de cartes, d’une partie de football, d’une classe. Aussi, comme le rappelle Roger Chartier : « Refusant le terrain de la métaphysique, qui ne laisse le choix qu’entre l’affirmation de l’absolue liberté de l’homme ou celle de sa totale détermination (…), Elias préfère penser la “liberté” de chaque individu comme inscrite dans la chaîne d’interdépendance qui le lie aux autres hommes et qui borne ce qui lui est possible de décider ou de faire »52. C’est dire autrement que si les individus sont dans des relations d’interdépendance, ils disposent aussi d’une marge de manœuvre mais toujours dans les configurations dans lesquelles ils se situent.

La notion de structure dans la théorie de la structuration

Anthony Giddens remplace la notion de structure par une distinction entre le structurel et les ensembles structurels qui sont des manifestations spatio-temporelles situées. Le structurel est un ensemble de règles et de ressources que les acteurs développent et modifient dans leurs actions. Les règles sont « des techniques ou des procédures généralisables employées dans l’actualisation et la reproduction des pratiques sociales » que les acteurs connaissent mais qu’ils ne peuvent pas nécessairement mettre en forme ou expliciter. Une distinction est faite entre les règles profondes et les règles superficielles pour marquer la différence entre des règles qui sont régulièrement utilisées dans la  structuration de la vie quotidienne et des règles qui sont moins’. Impôt tantes. Les ressources sont toutes sortes de capacités auxquelles”. If, acteurs peuvent recourir pour affecter le résultat d’un processus d’infraction.
Les contraintes structurelles ne prennent pas une forme implacable comme le pensait la sociologie structurelle. Elles n’ont de réalité qu’à partir du moment où elles s’objectivent dans des interactions quotidiennes et ne s’exercent pas indépendamment des motifs et des raisons que les agents ont à faire ce qu’ils font. Ce qui permet à Anthony Giddens de reconnaître une compétence aux acteurs mais de montrer aussi les limites de cette compétence.

Des acteurs dotés d’une compétence limitée

La compétence des acteurs repose sur leur capacité à exercer un contrôle réflexif sur leur action qui renvoie aux caractères rationnels et intentionnels des comportements humains.
Les caractères rationnels et intentionnels des comportements humains signifient que les acteurs sociaux ont une connaissance des conditions et des conséquences de ce qu’ils font dans leur vie de tous les jours sans que cette connaissance ne prenne nécessairement une forme discursive.
Anthony Giddens est ainsi amené à distinguer les concepts de « conscience discursive » et de « conscience pratique ». Le concept de conscience pratique renvoie à la connaissance tacite, c’est-à-dire à tout ce que les agents sociaux savent de leur vie sociale sans pouvoir l’exprimer de façon discursive. Le concept de conscience discursive correspond à tout ce que les agents sociaux sont capables d’exprimer par le langage sur les conditions de leurs actions.
Mais la reconnaissance par Anthony Giddens de l’importance du contrôle réflexif que les agents sociaux exercent sur leurs actions n’implique pas que ces dernières ne soient pas sous-tendues par des motivations inconscientes. Si les agents peuvent expliquer ce qu’ils font, ils n’arrivent pas nécessairement à rendre compte des motivations qui les amènent à agir. Les acteurs sont, dans la vie sociale ordinaire, motivés pour assurer et maintenir entre eux un accord implicite non pas pour respecter un contrat mutuel auquel ils adhéreraient par une stratégie volontaire et cynique, mais pour reproduire les conditions de confiance qui prennent très tôt un caractère de réciprocité dans l’existence de l’agent social, notamment dans la relation entre la mère et l’enfant, et s’expriment ensuite tout au long de la vie dans des contextes de coprésence.
L’autre limite à cette compétence concerne les conséquences non intentionnelles des conduites qui peuvent rétroagir et devenir des conditions non reconnues d’actions ultérieures. Ce qu’Anthony Giddens
résume une formule : « Je suis l’auteur de beaucoup de choses que je n’est pas  l’intention de de faire  et que je ne veux pas engendrer mais que néanmoins je fais. De façon réciproque, je parviens parfois à réaliser ce que je désire sans que cela soit directement attribuable à mon intervention ».

La vie sociale comme le produit des interactions routinières entre des agents en situation de coprésence dans le temps et dans l’espace

En introduisant les notions d’« intégration sociale » et d’« intégration systémique » ainsi que les liens que ces deux concepts entretiennent, le sociologue entend montrer la continuité de la vie sociale dans les interactions routinières entre des agents en situation de coprésence dans le temps et dans l’espace.
Anthony Giddens utilise tout d’abord les travaux d’Erving Goffman pour mettre en évidence que les traits routiniers des situations d’interaction sociale représentent les traits institutionnalisés des systèmes sociaux. Il montre ensuite avec Wieder que les règles qui sont appliquées dans des contextes de coprésence, ne sont jamais limitées à ces rencontres spécifiques, et s’étendent à des modèles de rencontres dans le temps et l’espace. C’est dire autrement qu’invoquer le code dans ces situations, ce n’est pas seulement sanctionner ceux qui y contreviennent, c’est aussi le faire exister. Le positionnement d’un acteur se situe alors à trois niveaux : à un premier niveau dans les contextes de coprésence, à un second niveau dans des régions élargies que sont les totalités sociétales, et à un troisième niveau dans le système « inter- sociétal » dont l’échelle correspond à la distribution géopolitique des systèmes sociaux. Ainsi dans les sociétés où l’intégration sociale et l’intégration systémique sont plus ou moins identiques, comme les sociétés tribales, les différents positionnements se substituent les uns aux autres. En revanche, dans des sociétés contemporaines, les acteurs sociaux se positionnement dans un ensemble de zones qui vont de la maison au système mondial.

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