Les grands courants sociologiques : Le développement des connaissances sur la société industrielle

> > Les grands courants sociologiques : Le développement des connaissances sur la société industrielle ; écrit le: 9 février 2012 par abir

La sociologie, qui se constitue comme une science autonome au tour­nant du XXe siècle, n’est pas le résultat du travail de quelques inventeurs. Elle émerge dans un contexte marqué par le développement d’un ensemble de connaissances sur la société industrielle. Si tout au long du XIXe siècle, des enquêtes sur les classes défavorisées sont menées, des techniques de recueil de données sur des populations sont établies, des doctrines politiques sont élaborées, aucune de ces formes de connaissance n’a pour but de participer à la constitution d’une nou­velle discipline.

L’émergence de la question sociale

La révolution industrielle, qui apparaît dans les pays occidentaux à la fin du XVIIIe siècle, entraîne une urbanisation croissante qui bouleverse le fonctionnement de ces sociétés. Des problèmes inédits jusqu’alors surviennent brutalement : des maladies liées au manque d’hygiène, des conditions de travail inhumaines, une délinquance croissante. C’est pour remédier à ce qui est alors nommé la « question sociale » et pour mieux contrôler des pans entiers de la société que les sphères domi­nantes s’emploient à une meilleure connaissance de ce monde nou­veau.

Les administrations et autres sociétés savantes multiplient les obser­vations de terrain et les enquêtes. En France, l’Académie des sciences morales et politiques charge Louis Villermé (1782-1863) d’étudier la classe ouvrière. Cette étude donne lieu à la publication, en 1840, de Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie.

C’est le moment aussi où la statistique morale se constitue comme une discipline. Le premier objet analysé est la criminalité. Le champ d’investigation s’étend ensuite à la démographie, l’industrie ou encore l’éducation. Apparaissent aussi les mathématiciens sociaux tels que le Belge Adolphe Quételet (1796-1874), qui énonce une théorie normative du juste milieu, ou plus exactement de « l’homme moyen », selon

laquelle « est normal ce qui correspond à la moyenne ». Frédéric Le Play (1806-1882). polytechnicien de formation et ingénieur des Mines, participe à ce mouvement d’enquêtes sociales avec la mise en place d’enquêtes monographiques dans lesquelles  il cherche notamment à démontrer la relation entre l’organisation sociale et la vie familiale.

La « question sociale » est également au cœur des préoccupations des penseurs de l’époque. C’est ainsi que se constitue un courant, le socia- lisme utopique incarné par Claude-Henri de Saint-Simon (1760-1825),

Charles Fourier (1772-1837) et Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). Pour ces auteurs, il s’agit d’apporter une réponse politique aux pro­blèmes engendrés par l’mgustrialisation. Ils proposent un modèle fondé sur un socialisme communautaire qui s’efforce de rompre avec l’indi­vidualisme bourgeois capitaliste.

Le matérialisme historique et dialectique de Karl Marx

C’est durant la même période que Karl Marx (1818-1883) élabore sa théorie du matérialisme historique et dialectique. Si son œuvre est fondamentale pour l’ensemble des sciences humaines, elle intéresse tout particulièrement la sociologie.

La société est déterminée par son mode de production

Pour Karl Marx, la société n’existe pas en elle-même. Seuls existent les hommes qui la composent et les relations qu’ils entretiennent entre eux. Il montre que si les hommes peuvent modifier la nature et le monde qui les environnent, ils sont toujours contraints de se soumettre aux conditions qu’ils n’ont pas eux-mêmes créées. Les hommes sont ainsi pris dans des rapports prédéterminés.

Ces rapports sont d’abord ceux qu’ils entretiennent avec la nature. Il s’agit pour les hommes de la maîtriser et de la dépasser par la trans­formation des matières premières qu’ils ont à leur disposition, par l’usage d’instruments de travail ou encore par le recours à leur force de travail, éléments que Karl Marx désigne comme les forces pro­ductives d’une société déterminée.

Les hommes entretiennent des rapports non seulement avec la nature mais aussi et surtout entre eux. Pour Karl Marx, l’homme est un être social oui ne peut vivre et s’envisager seul. C’est essentiellement dans le cadre de l’organisation du travail que les hommes entrent en relation y les uns avec les autres.

 Cette organisation du travail passe par une division des tâches entre les fonctions supérieures, détentrices des moyens de production, et les  fonctions inférieures, mises à l’écart de la propriété de ces moyens de production, ainsi que par la formation de la propriété privée. Marx la  nomme « rapport de production ».

Le mode de production, constitué à la fois des forces productives et des rapports de production, correspond au système économique. Or, si- dans un premier temps, les rapports de production permettent aux forces productives de se développer, elles deviennent dans un second temps un frein à leur expansion. C’est alors qu’il est nécessaire, selon Karl Marx, de passer à un nouveau mode de production afin de le libérer.

Les modes de production sont à I’origine de la lutte des classes

Karl Marx montre ainsi que les contradictions entre les forces pro­ductives et les rapports de production sont à l’origine même du mou- vement de l’histoire.

Dans la société capitaliste, Karl Marx distingue, outre les classes préin­dustrielles, la classe moyenne et le lumpenprolétariat, deux classes sociales principales : d’une part la bourgeoisie détentrice des moyens de production et profitant du travail d’autrui, d’autre part le prolétariat composé d’ouvriers considérés comme une marchandise comme une autre et dont le coût est le salaire.

Mais ces, classes n’existent que parce qu’elles s’opposent. Le conflit central entre la bourgeoisie et le prolétariat repose sur une contradiction du mode de production capitaliste. D’un côté, la production n’est plus assurée par un individu mais par une collectivité alors que de l’autre, la propriété des moyens de production devient privée. Pour Karl Marx, cette contradiction ne peut être résolue que par la socialisation des moyens de production. Ces derniers permettraient l’avènement d’une nouvelle société, la société socialiste, à l’intérieur de laquelle le développement des forces productives profiterait à tous.

Le positivisme d’Auguste Comte

Auguste Comte (1798-1857) est le premier à avoir ambitionné de fonder une science sociale qui repose sur des principes scientifiques. Plus que tout autre penseur à la même époque, il se donne pour objectif de constituer la science sociale comme une science à part entière, au même titre que pourrait l’être la biologie ou la physique, tout en recon­naissant à la science sociale une autonomie relative par rapport aux sciences dures. C’est pour répondre à cette ambition qu’Auguste Comte invente en 1839 le terme «sociologie» (du latin socius qui signifie « associé » et du grec logos qui signifie « discours »).

Le projet originel : pour une réorganisation de la société

Le projet originel de Comte, défini dans Plan des travaux nécessaires pour réorganiser la société (1822), est de sortir la société occidentale de la crise qu’elle rencontre notamment depuis l’avènement de la société industrielle, sans pour autant la faire revenir à l’âge théologique. Ce projet, qui est une « entreprise essentiellement théorique », doit être mené à son terme par des savants et s’appuyer sur l’état atteint par l’esprit dans une évolution nécessaire.

La constitution d’une démarche positiviste

L’apport d’Auguste. Comte est d’avoir rompu avec la philosophie clas- sique de son époque pour faire reposer sa démarche sur une observa­tion des faits et non pas uniquement sur une dimension théorique. Pour Auguste Comte, « la méthode n’est pas susceptible d’être étudiée sépa­rément des recherches où elle est employée » . Il pose ainsi un principe fondamental à toute recherche sociologique, qui est la nécessité d’éta­blir un lien systématique entre l’élaboration de la théorie -et la démarche empirique.

Les conditions de l’avènement d’un type de connaissance scientifique

Dans Cours de philosophie positive (1830-1842), Auguste Comte s’attache à analyser les transformations de la société qui vont per­mettre le passage d’un type de connaissances préscientifiques à un type de connaissances scientifiques. Il établit sous forme de lois les trois états successifs qui vont rendre possible l’avènement de l’état scientifique.

  • Un premier état est dit « théologique » et dominé par un système féodal, dans lequel l’esprit humain « représente les phénomènes comme produits par l’action directe et continue d’agents surnaturels ». Il met en relation la prédominance de la pensée magico-mythique avec la prédominance de deux classes sociales, les prêtres et les militaires ;
  • Un deuxième état est l’état « métaphysique » ou « abstrait ». A ce stade où se trouve parvenu l’esprit humain, les « agents surnaturels de la société théologique sont remplacés par des forces abstraites ». Cette époque correspond à un état militaire ;
  • Le troisième est dit « scientifique » ou « positif ». Dans ce dernier état, les hommes sont poussés « à considérer les faits et leurs lois effectives, c’est-à-dire leurs relations invariables de successions et de similitudes». .Auguste Comte s’attache aussi à montrer les bienfaits d’une société industrielle pacifiée et concentrée sur la production.

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3 réponses pour "Les grands courants sociologiques : Le développement des connaissances sur la société industrielle"

  1. agoro aboulayi  12 septembre 2012 at 14 h 18 min

    quelles sont les grands courants ou doctrines développés en matière de la sociologie du développement

    Répondre
    • Sylvain NABIA  13 septembre 2017 at 18 h 11 min

      J’aime beaucoup ceux qui parle de moi ouvertement et je deteste celui ou celle qui se moque de moi.

      Répondre
  2. Kpinzi charles  29 octobre 2018 at 21 h 10 min

    C’est très intéressant

    Répondre

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