Les grands courants sociologiques : La naissance de la sociologie en France

> > Les grands courants sociologiques : La naissance de la sociologie en France ; écrit le: 9 février 2012 par abir modifié le 21 février 2019

La naissance de la sociologie en France peut se comprendre uniquement si elle est rapportée au contexte dans lequel elle émerge.

C’est à partir des années 1880, comme le rappelle Laurent Mucchielli, que trois auteurs se disputent le magistère sur la discipline  et vont par là même participer à son institutionnalisation. Le premier est Gabriel Tarde qui jouit d’une très grande reconnaissance intellectuelle durant cette période. Le second est René Worms dont l’activité se concentre

essentiellement à donner à la sociologie une reconnaissance institutionnelle. Enfin, Emile Durkheim va progressivement réussir à imposer sa conception de la sociologie en lui donnant une dimension scientifique, avec l’appui d’une équipe de chercheurs regroupés autour de la revue L’Année sociologique.

Gabriel Tarde, l’élaboration d’une psychologie sociale

Gabriel Tarde (1843-1904) est le premier sociologue à avoir voulu rompre avec les modèles naturalistes d’explication de la société. A l’opposé d’Emile Durkheim, son principal adversaire, il s’attache à défendre une psychologie sociale pour laquelle les phénomènes col­lectifs seraient le résultat des relations entre les consciences individuelles .

Une grande notoriété à son époque

Diplômé en droit, Gabriel Tarde fait carrière à partir de 1867 dans la magistrature et devient juge d’instruction à Sarlat jusqu’en 1894. Il devient alors directeur du service de la statistique judiciaire au minis­tère de la Justice à Paris. En 1896, il donne des conférences au Collège libre des sciences sociales. Puis, il est élu au Collège de France en 1900 après avoir subi un premier échec. Il y enseigne jusqu’à sa mort.

Une théorie de l’imitation

Dans l’élaboration d’une psychologie sociale, Gabriel Tarde place l’imitation au cœur de son dispositif. Limitation est le résultat d’un processus d’identification et se diffuse en ondes concentriques selon deux principes : du dedans vers l’extérieur (ou l’influence) et du supérieur vers l’inférieur(ou la domination). Elle ne se limite pas aux seuls

individus, les groupes sociaux s’inscrivent aussi dans ce processus imitatif. Ainsi, selon Gabriel Tarde, de tout temps et dans tous les pays, la classe supérieure est une « sorte de château d’eau social d’où la cascade continue de l’imitation doit descendre ».

Toutefois, cette imitation ne se passe pas sans résistance ni opposition individuelle et collective. Ce sont parmi ceux qui résistent et s’opposent que se trouvent les innovateurs à l’origine des évolutions sociales. Mais ce mouvement est suivi d’une adaptation du groupe. L’imitation est ainsi prise dans une circularité en trois temps : répétition, opposition et adaptation. La théorie de l’imitation, qui semble aujourd’hui dépassée, connaît à l’époque un retentissement considérable. Elle s’inscrit dans le débat alors dominant dans les sciences sociales sur l’hypnose.

Une sociologie du crime

Dans son ouvrage La Criminalité comparée (1890), Gabriel: Tarde fait une application de sa théorie au crime. En opposition avec l’anthropologie criminelle italienne du professeur Cesare_Lomhroso, pour lequel il existerait des « criminels nés ». il montre qu’un crime n’a de sens que rapporté à un moment et à une société donnés.

Il s’aperçoit que dans l’Egypte ancienne le plus grand des crimes est de tuer un chat, alors que dans l’Antiquité grecque le crime le plus abo­minable est de laisser ses parents sans sépulture. Au Moyen Age, les crimes impardonnables sont le sacrilège et la bestialité puis, plus bas dans la hiérarchie, le meurtre et le vol qui eux peuvent être pardonnés. Si, selon Gabriel Tarde, personne ne naît pour tuer ou voler son prochain, il existe des « penchants naturels » à passer à l’acte, mais les causes les plus déterminantes du crime sont d’ordre psychologique et social. C’est d’abord le milieu social élargi de l’individu qui va l’influencer à devenir criminel. Mais ce sont surtout les croyances de ses proches (de sa famille, de ses amis), lorsqu’elles sont en opposition avec les croyances considérées comme normales dans une société, qui sont les facteurs les plus importants.

Une fois l’idée du crime conçue, elle se propage dans la société tout entière depuis les classes dirigeantes jusqu’en bas. Ainsi, l’ivrognerie aurait été un luxe royal puis aristocratique avant de devenir un vice populaire. Le vol et le viol seraient des pratiques courantes chez les militaires, d’abord parmi les hauts gradés, et ensuite parmi les subalternes.

Pour Gabriel Tarde, la criminalité peut aussi être collective. La foule, groupement éphémère et spontané d’individus placés dans une même situation, peut dériver dans des émeutes et aller jusqu’au crime. Le tout s’enchaîne naturellement, les individus composant la foule étant dans des relations inter-psychologiques qui font qu’ils s’entraînent mutuellement. La criminalité collective existe aussi dans les corporations, qui sont des associations criminelles organisées et hiérarchisées avec leurs propres règles et sanctions. C’est par exemple le cas de la mafia sicilienne. Ce type de corporation est un groupement dominé par des meneurs qui s’influencent réciproquement et peuvent finir par manipuler des foules, comme cela peut se produire lors de révolutions où des actes criminels sont commis .

René Worms, un travail de reconnaissance institutionnelle de la sociologie

René Worms participe essentiellement à organiser la sociologie en France à la fin du XIXe siècle en lui dormant ses premières institutions sans toutefois réussir à imposer un modèle théorique dominant.

En 1893, il crée La Revue internationale de sociologie et fonde l’institut international de sociologie. Deux ans plus tard, il constitue la Société sociologique de Paris. Il est aussi à l’origine de collections d’ouvrages et défend la nécessité de mettre en place des facultés de sciences sociales où serait enseignée la sociologie.

Les entreprises menées par le sociologue connaissent rapidement un large succès. Comme le rappelle Laurent Mucchielli5, les premiers congrès de sociologie regroupent des intellectuels prestigieux tels que les Français Gabriel Tarde, Charles Letourneau, Alfred Fouillé ou encore les sociologues allemands Georg Simmel et Ferdinand Tônnies. La Société sociologique de Paris comprend à un moment donné plus d’une centaine d’adhérents. Et, La Revue internationale de sociologie, bimestrielle à l’origine, devient mensuelle à partir de 1894 pour répondre à une demande croissante.

Mais, si René Worms déploie une intense activité institutionnelle, il ne réussit pas à imposer un nouveau modèle d’analyse à cause de l’absence d’un véritable projet théorique innovant et cohérent. Il souhaite construire la sociologie à partir du modèle sur lequel les sciences naturelles se sont édifiées. Il compare la société à un organisme humain. Ce que la biologie a fait au corps humain, la sociologie doit l’adapter au corps social. Dans son ouvrage de référence, Organisme et Société (1896), il distingue deux parties, la première consacrée à l’anatomie des sociétés et la seconde à leur physiologie. Ainsi, selon René Worms, c’est par une analyse biologique de la vie sociale qu’il serait possible de l’analyser et de la décrire scientifiquement.

Aucun disciple ne reprend l’héritage de Worms, dont le seul succès a été d’assurer à la sociologie un fort développement institutionnel.

Emile Durkheim, le père de la sociologie française

Emile Durkheim (1858-1917)-est unanimement considéré comme le père de la sociologie française. Philosophe de formation, il ambitionne de faire de la sociologie une science à part entière en posant les bases méthodologiques de cette discipline puis en réunissant une équipe de chercheurs autour de la revue L’Année sociologique.

Les principes fondamentaux de la démarche sociologique

Dans Les Règles de la méthode sociologique (1895, Emile Durkheim pose les principes fondamentaux de la démarche sociologique.

Qu’est-ce qu’un fait social ?

Il s’attache tout d’abord à définir les faits sociaux comme des manières de faire qui ont une existence en dehors des individus et qui exercent sur eux un pouvoir de coercition. Les faits sociaux se caractérisent ainsi par leur dimension générale et contraignante pour les individus.

Il faut « traiter les faits sociaux comme des choses »

Emile Durkheim établit ensuite que le sociologue doit « traiter les faits sociaux comme des choses ». Par cette formulation, qui fera l’objet de vives polémiques, Emile Durkheim n’entend pas confondre les faits sociaux avec des choses matérielles mais souhaite les rapprocher de l’étude des faits naturels ou physiques. Ainsi, de la même façon que pour les sciences expérimentales, la connaissance en science sociale ne peut être ni donnée en soi, ni immédiate. Elle est nécessairement soumise à un protocole de recherche rationnel et objectif.

Ce qui oblige le sociologue à écarter les idées préconçues, les préjugés ou les « prénotions » qu’il pourrait induire dans son objet de recherche. Ce principe a priori élémentaire est d’autant plus difficile à tenir que ce  dernier est aussi un acteur social soumis non seulement aux idées i communes  mais aussi à ses propres croyances, représentations ou valeurs, à propos des faits qu’il étudie.

Mais si pour maintenir l’impératif d’objectivité le sociologue ne doit  pas inférer les opinions communes sur son objet de recherche, cette règle n’explicite pas les moyens dont il dispose pour le faire. La poursuite  d’une démarche scientifique impose alors, selon Durkheim, de définir l’objet dont il traite.

La définition de l’objet de recherche

Cette définition doit servir précisément à dépasser l’idée commune du phénomène étudié pour en circonscrire les propriétés inhérentes. Emile Durkheim prend pour exemple l’utilisation faite du terme « monogamie ». Il montre que dans certaines sociétés qu’il qualifie d’« inférieures », la monogamie est de fait, alors qu’elle est obligatoire dans les sociétés « les plus élevées ». Un seul et même terme sert ici à désigner des situations totalement différentes.

L’autre erreur couramment commise, selon Durkheim, dans l’étude d’un objet est de ne pas regrouper tous les phénomènes qui ont des propriétés extérieures à cet objet pour n’en retenir qu’un certain nombre de manière purement subjective. Il critique ainsi vivement les travaux de Garofalo sur le crime. Dans son ouvrage Criminologie (1895), si Garofalo s’efforce de définir « la notion sociologie du crime », il n’inclut pas dans l’usage qu’il fait de cette notion tous les actes qui ont été réprimés par des peines mais uniquement « ceux gui offensent la partie moyenne et immuable du sens moral ».

Mais en adoptant cette démarche, le sociologue risque d’attribuer aux propriétés les plus apparentes d’un phénomène un poids prépondérant alors qu’elles peuvent se révéler n’être que secondaires dans la démonstration scientifique. Ainsi, lorsqu’« on définit le crime par la peine, alors on s’expose presque inévitablement à faire dériver le crime de la peine », explique Durkheim.

Toutefois, s’il insiste sur l’importance de la définition préalable comme commencement de la science, elle ne vise pas à décrire la réalité et n’est qu’un moyen nécessaire de respecter le principe d’étudier les faits sociaux d’après leurs caractères extérieurs.

Aussi, les propriétés du phénomène étudié qui seront retenues dans la définition préalable par le sociologue doivent présenter les caractéristiques les plus objectives possibles. Tout en sachant que plus un phénomène est susceptible d’être objectivement représenté, plus il est dégagé des faits individuels qu’il manifeste. Dans ce sens, Durkheim privilégie par exemple les règles juridiques, lesquelles sont la cristallisation de la vie sociale.

Faire une distinction entre le normal et le pathologique

Emile Durkheim pose ensuite qu’il peut être utile pour le sociologue de distinguer le normal du pathologique, dans la mesure où le normal

constitue de manière privilégiée son objet d’étude. Pour le sociologue, les faits normaux sont « ceux qui présentent les formes tes plus générales ». Aux autres, Durkheim donne « le nom de pathologiques et de morbides ». Dans ce sens, le crime est pour Emile Durkheim un phénomène normal parce que présent et Constant dans toutes les sociétés.

Expliquer un fait social par un autre fait social

L’explication d’un phénomène ne peut pas se limiter à l’analyse du besoin auquel il répond et du rôle qu’il joue. Emile Durkheim critique le point de vue d’Herbert Spencer, qui ramènerait toute l’évolution de l’espèce à la nécessité d’un plus grand bonheur. Il faut donc expliquer les faits sociaux par des faits sociaux antérieurs et non par des phénomènes biologiques. La sociologie doit trouver ses principes en elle- même. Dans la recherche de l’administration de la preuve d’une causalité entre deux faits, le sociologue doit recourir à la méthode des variations concomitantes. Une variation conjointe entre deux faits n’est pas nécessairement la manifestation d’un rapport de causalité entre eux. D’autres comparaisons doivent confirmer le fait déduit, même en introduisant un troisième fait qui serait la cause ou l’intermédiaire des deux précédents.

constitue de manière privilégiée son objet d’étude. Pour le sociologue, les faits normaux sont « ceux qui présentent les formes tes plus générales ». Aux autres, Durkheim donne « le nom de pathologiques et de morbides ». Dans ce sens, le crime est pour Emile Durkheim un phénomène normal parce que présent et Constant dans toutes les sociétés.

Expliquer un fait social par un autre fait social

L’explication d’un phénomène ne peut pas se limiter à l’analyse du besoin auquel il répond et du rôle qu’il joue. Emile Durkheim critique le point de vue d’Herbert Spencer, qui ramènerait toute l’évolution de l’espèce à la nécessité d’un plus grand bonheur. Il faut donc expliquer les faits sociaux par des faits sociaux antérieurs et non par des phé­nomènes biologiques. La sociologie doit trouver ses principes en elle- même. Dans la recherche de l’administration de la preuve d’une causalité entre deux faits, le sociologue doit recourir à la méthode des variations concomitantes. Une variation conjointe entre deux faits n’est pas nécessairement la manifestation d’un rapport de causalité entre eux. D’autres comparaisons doivent confirmer le fait déduit, même en introduisant un troisième fait qui serait la cause ou l’intermédiaire des deux précédents.

Le suicide, un exemple en acte

Dans Le Suicide (1897), étude qui applique les principes des Règles de la méthode sociologique, Emile Durkheim montre, à partir d’une analyse statistique, comment le suicide, acte habituellement considéré comme individualiste et relevant de l’analyse de la psychologie individuelle, peut être appréhendé comme un fait social imposé à l’individu du dehors par la société.

 Dépasser les visions communes du suicide par une analyse sociologique

Il s’ emploi  tout d’abord à vérifier les explications les plus communes données au suicide. Il s’aperçoit tour à tour que la folie, l’hérédité radicale les éléments climatiques, et l’imitation, qui sont invoqués couramment  comme étant à l’origine du suicide, ne sont corroborés par aucune régularité  statistique. Il peut ainsi réfuter ces explications et introduire des variables  qui toutes relèvent d’une dimension sociale, comme la religion, la situation familiale, l’habitat en milieu urbain ou rural ou encore la région, le pays d’appartenance et la période, pour les mettre en relation avec le suicide.

Il   constate que l’on se suicide plus si l’on est célibataire plutôt que marié, si l’on habite à la campagne plutôt qu’à la ville, si l’on est sans religion plutôt que rattaché à une communauté religieuse ou encore plus dans des moments de prospérité économique que dans des moments de crise (guerre, révolution). Durkheim finit alors par conclure que c’est le niveau d’intégration de l’individu à des groupes sociaux extérieurs (la famille, le religieux, le politique) qui détermine sa pro­pension au suicide.

constitue de manière privilégiée son objet d’étude. Pour le sociologue, les faits normaux sont « ceux qui présentent les formes tes plus générales ». Aux autres, Durkheim donne « le nom de pathologiques et de morbides ». Dans ce sens, le crime est pour Emile Durkheim un phénomène normal parce que présent et Constant dans toutes les sociétés.

Expliquer un fait social par un autre fait social

L’explication d’un phénomène ne peut pas se limiter à l’analyse du besoin auquel il répond et du rôle qu’il joue. Emile Durkheim critique le point de vue d’Herbert Spencer, qui ramènerait toute l’évolution de l’espèce à la nécessité d’un plus grand bonheur. Il faut donc expliquer les faits sociaux par des faits sociaux antérieurs et non par des phé­nomènes biologiques. La sociologie doit trouver ses principes en elle- même. Dans la recherche de l’administration de la preuve d’une causalité entre deux faits, le sociologue doit recourir à la méthode des variations concomitantes. Une variation conjointe entre deux faits n’est pas nécessairement la manifestation d’un rapport de causalité entre eux. D’autres comparaisons doivent confirmer le fait déduit, même en introduisant un troisième fait qui serait la cause ou l’intermédiaire des deux précédents.

Le suicide, un exemple en acte

D.ms Le Suicide (1897), étude qui applique les principes des Règles de la méthode sociologique, Emile Durkheim montre, à partir d’une analyse statistique, comment le suicide, acte habituellement considéré comme individualiste et relevant de l’analyse de la psychologie individuelle, peut être appréhendé comme un fait social imposé à l’individu du dehors par la société.

Dépasser les visions communes du suicide par une analyse sociologique . emploi»’ tout d’abord à vérifier les explications les plus communes données au suicide. Il s’aperçoit tour à tour que la folie, l’hérédité radicale les éléments climatiques, et l’imitation, qui sont invoqués couramment  comme étant à l’origine du suicide, ne sont corroborés par aucune régularité  statistique. Il peut ainsi réfuter ces explications et introduire des variables  qui toutes relèvent d’une dimension sociale, comme la religion, la situation familiale, l’habitat en milieu urbain ou rural ou encore la région, le pays d’appartenance et la période, pour les mettre en relation avec le suicide.

Il   constate que l’on se suicide plus si l’on est célibataire plutôt que marié, si l’on habite à la campagne plutôt qu’à la ville, si l’on est sans religion plutôt que rattaché à une communauté religieuse ou encore plus dans des moments de prospérité économique que dans des moments de crise (guerre, révolution). Durkheim finit alors par conclure que c’est le niveau d’intégration de l’individu à des groupes sociaux extérieurs (la famille, le religieux, le politique) qui détermine sa pro­pension au suicide.

Les trois types de suicide

A partir de cette loi générale, Emile Durkheim distingue trois types de suicide : le. suicide altruiste, le suicide égoïste et le suicide anomique, et en esquisse un quatrième – le suicide fataliste -sans te définir.

Le suicide altruiste correspond-^ .une-situation où l’individu est fortement soumis aux valeurs collectives. Ce type de suicide, caractéristique des sociétés primitives où l’individualisme est très faible, ne perdure, à l’époque contemporaine, que dans certains milieux sociaux comme le milieu militaire, quand la pression de la hiérarchie s’impose à l’individu. A l’inverse, le suicide égoïste et encore davantage le suicide anomique, sont typiques des sociétés modernes dans lesquelles les individus sont de moins en moins soumis à la contrainte de la collectivité.

Le suicide égoïste se manifeste chez l’individu qui n’est plus guidé de l’extérieur par des normes sociales, qu’elles soient familiales, religieuses ou politiques, mais par les règles qu’il s’impose. Emile Durkheim explique par exemple la variation du taux de suicide dans les différentes religions par le degré du sentiment d’appartenance d’un individu à une communauté religieuse. Ce taux est faible chez les juifs où le niveau d’intégration au groupe est très fort, plus prononcé chez les catholiques où l’influence de l’église est toutefois très présente, et encore plus important chez les protestants où l’individu doit faire lui-même son libre examen.

Le suicide anomique est provoqué par une perte des règles sociales sur l’individu qui se retrouve seul face à ses pulsions. La rupture de l’équilibre social a pour effet d’entraîner des phénomènes de désocialisation (ou anomie).

L’école de sociologie française : Durkheim et l’équipe de L’Année sociologique

Dès le début de son projet de faire de la sociologie une science à part entière, Emile Durkheim estime nécessaire de constituer autour de lui une équipe de chercheurs en sciences sociales. En 1886, il rapporte ainsi dans un compte rendu pour La Revue philosophique : « Il ne faut pas oublier que la sociologie comme les autres sciences et peut-être plus que les autres, ne peut progresser que par un effort collectif ». C’est dire autrement qu’ Emile Durkheim, souvent présenté comme le génial inventeur de la sociologie, n’aurait pas pu mener son projet seul sans s’appuyer sur le travail de tous ses collaborateurs. Il fonde une école de pensée dont les membres se sont regroupés autour de la revue L’Année sociologique, créée en 1898 et placée sous sa direction. C’est ainsi qu’un véritable réseau de sociologues se constitue avec la participation, au lancement de la revue, de Célestin Bouglé (1870-1940), Paul Fauconnet (1874-1938), Marcel Mauss (1872-1950) et François Simiand (1872-1935).

Comme le montre Laurent Mucchielli , la formation de l’équipe est possible uniquement parce que tous ses membres se retrouvent autour d’une même conception épistémologique de la sociologie, caractérisée par trois dimensions directement inspirées des travaux de Durkheim (se donner tous les moyens possibles de l’objectivation afin de pouvoir rompre avec les prénotions, traiter les « faits sociaux comme des choses » et donner à l’explication sociologique son indépendance), mais aussi parce qu’ils partagent tous des valeurs morales et politiques proches (notamment lors de l’affaire Dreyfus) et un intérêt commun pour le socialisme.

Aussi, la richesse et la diversité des études qu’ils réalisent sont impressionnantes, couvrant un nombre très large de domaines : Paul Fau­connet travaille à l’élaboration d’une sociologie du droit (La Responsabilité. Etude de sociologie, 1920), François Simiand mène des études centrées sur l’économie (Le Salaire, l’Evolution sociale et la Mon­naie, 1932) et Marcel Mauss participe à l’établissement de l’anthropo­logie (Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, 1923-1924).

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