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Qui détient le pouvoir dans les sociétés modernes ? Si la plupart des analystes admettent que le pouvoir est exercé par des minorités, des controverses apparaissent concernant la nature de ces minorités dirigeantes. Deux thèses principales s’affrontent : la thèse élitiste, pour laquelle le pouvoir est détenu par une élite dotée d’une unité relative, et la thèse pluraliste, pour laquelle il n’existe pas une classe dirigeante mais plusieurs catégories de dirigeants qui s’affrontent ou coopèrent.

La thèse élitiste

La thèse élitiste est défendue par Charles Wright Mills. Dans L’Elite du pouvoir (1974), il montre à partir d’une enquête sur les dirigeants américains pendant la présidence d’Eisenhower, de 1952 à 1960, que le pouvoir aux Etats-Unis est incarné par trois institutions : l’institution politique, l’institution économique et l’institution militaire. Toutes les décisions politiques sont prises par des membres de ces trois grandes hiérarchies institutionnelles : les dirigeants politiques de premier plan, les grands capitaines d’industrie et les militaires les plus « importants ». Aussi, chacune des institutions se pénètre progressivement, la solidarité entre elles se renforce de plus en plus et la circulation se fait aisément de l’une à l’autre, car à leur tête se trouvent des dirigeants dont les origines sociales, la formation scolaire et les centres d’intérêt sont identiques. Charles Wright Mills observe dans ce sens qu’un grand nombre de ministres sont des transfuges de l’industrie ou de l’armée. L’unification du pouvoir résulte de deux facteurs : les diverses coïncidences d’intérêts objectifs qui réunissent les institutions économiques, politiques et militaires, et les similitudes sociales et les affinités psychologiques des hommes qui occupent les positions de pouvoir. L’osmose des cercles dirigeants est donc fondée tout à la fois sur la communauté des intérêts et sur la solidarité personnelle.

Charles Wright Mills s’attache ensuite à décrire la manière dont le centre de décision s’est déplacé du Congrès vers l’exécutif. Or, l’exécutif est dirigé par une cinquantaine d’hommes pas nécessairement élus qui relèguent de plus en plus au second plan les politiciens de carrières détenteurs d’un mandat électif. L’auteur peut alors conclure que les Etats-Unis sont dirigés par une élite restreinte qui est une oligarchie non élue par les citoyens.
Pierre Birnbaum (La Classe dirigeante française, 1978) soutient de la même façon que la classe politique française forme un ensemble homogène et non des élites diversifiées et concurrentes. Elle est le résultat de l’interpénétration des fractions dirigeantes de la classe dominante à travers la circulation incessante des hauts fonctionnaires, des dirigeants des armées et des dirigeants du monde des affaires. Et, comme le montre l’auteur, l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 n’a pas modifié cet état des choses (Les Elites socialistes au pouvoir, 1985).

La thèse pluraliste

D’autres sociologues n’acceptent pas la thèse d’une élite relativement unifiée qui disposerait d’un pouvoir stratégique. Pour Robert Dahl aux Etas-Unis et Raymond Aron en France, il n’existe pas une seule et unique classe dirigeante mais une pluralité de catégories de dirigeants qui sont amenés à coopérer mais aussi à s’affronter.

La polyarchie selon Robert Dahl.

Tout au contraire, la situation se caractérise par une diversité des leaders de groupes qui sont autonomes. Aussi, les décisions sont le produit d’interminables négociations. La polyarchie rend nécessaire le compromis et la conciliation, qui voit s’opposer des groupes qui se retrouvent en concurrence. De cette libre compétition résulte un équilibre spontané. C’est par une étude de la vie politique à New Heaven que Robert Dahl va tester ses hypothèses. Il arrive à deux enseignements majeurs : d’une part, les ressources politiques sont diverses, c’est dire que le pouvoir est fragmenté et non concentré, d’autre part ceux qui détiennent ces ressources ne s’allient pas pour former une oligarchie. La société politique n’est donc pas confisquée par quelques hommes politiques non représentatifs, comme peut le prétendre Charles Wright Mills.

La pluralité des classes dirigeantes selon Raymond Aron

Raymond Aron met en évidence une structure complexe du pouvoir. Le sociologue observe la présence dans la vie politique française de multiples « catégories dirigeantes » : l’élite politique, les détenteurs du pouvoir spirituel qui influencent les façons de penser et d’agir (les intellectuels, les hommes d’église…), les chefs de l’armée et de la police, les gestionnaires du travail collectif ou les détenteurs des moyens de production, les dirigeants des syndicats ouvriers et des partis politiques, et les hauts fonctionnaires détenteurs du pouvoir administratif. C’est donc une erreur, selon lui, d’arriver à convenir que les sociétés politiques modernes sont définies par une classe dirigeante. Elles se caractérisent au contraire par la compétition entre différentes catégories dirigeantes.
Aux termes de la présentation des deux thèses, il n’est pas possible de privilégier l’une ou l’autre pour tenter de savoir si la démocratie représentative est une réalité ou une façade, dans la mesure où ces deux perspectives n’utilisent pas les mêmes méthodes pour enquêter sur la structure réelle du pouvoir. L’une, celle défendue par Charles Wright Mills, repose sur une approche positionnelle, à travers laquelle il s’efforce d’étudier les élites par une sociologie de la position institutionnelle et dans la structure sociale. L’autre, celle défendue par Robert Dahl et Raymond Aron, correspond à une approche décisionnelle qui les amène à appréhender la façon dont les décisions sont prises effectivement par les groupes qui gouvernent.

La participation politique recouvre, dans un régime démocratique violences, insurrections…) et peut se distinguer en deux catégories : les formes conventionnelles de participation, comme le vote, qui correspondent à une participation à la vie politique en fonction des règles posées, et les formes protestataires ou non conventionnelles, telles que les actions collectives.

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